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février 2018: Une approche féministe du développement : ça commence par nous

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Dans ce livre blanc, et dans le cadre de la fameuse Politique d’aide internationale féministe du Canada, les experts en matière d’égalité des sexes de CowaterSogema suggèrent que la résistance au féminisme et aux approches féministes du développement vient souvent d’une incompréhension de ces concepts et de préjugés inconscients qui favorisent les dynamiques de pouvoir et les inégalités existantes. De même, les experts avancent que pour révéler et désamorcer les causes de ce problème, nous devons commencer par nous-mêmes.

L’avènement, en juin 2017, de la Politique d’aide internationale féministe (PAIF) d’Affaires mondiales Canada visait à concentrer les efforts du Canada sur l’égalité des sexes pour en faire un vecteur de paix et de progrès social, politique et économique. Depuis sa mise en place, la PAIF a reçu les éloges de plusieurs membres de la communauté du développement international, qui croient que le développement durable ne peut se faire qu’avec la pleine participation des femmes et des filles comme partenaires égales des hommes et des garçons dans le développement de leurs sociétés.

Malgré cette reconnaissance, les mots « féminisme » et « féministe », et les mesures qui se concentrent délibérément sur les femmes et les filles, continuent de provoquer une résistance passive et active dans certains cercles – et pas uniquement dans des pays où il y a de profondes et persistantes inégalités entre le bien-être, la participation économique et sociale et les droits des femmes et ceux des hommes. En fait, on trouve aussi une résistance passive et active envers ces idées dans les sociétés occidentales.

Le dictionnaire Oxford définit le féminisme comme étant la défense des droits des femmes basée sur l’égalité des sexes. Le féminisme a donc l’égalité des sexes pour objectif, ce que la plupart des Occidentaux affirment soutenir. Selon cette définition, le même nombre de gens devraient aussi choisir de se définir comme féministes. Toutefois, des sondages effectués dans plusieurs États membres de l’OCDE ont révélé que beaucoup de femmes et d’hommes se détournent du féminisme même s’ils se disent en faveur de l’égalité des sexes. On constate des réactions semblables lorsqu’on propose des mesures spéciales pour accroître la participation des femmes et des filles à la société et promouvoir l’égalité de sexes, notamment des pratiques d’équité en matière d’emploi visant à s’assurer que les femmes sont justement représentées dans les organisations gouvernementales.

La résistance provoquée par les termes « féministe », « féminisme » et « autonomisation des femmes et des filles » nous signale qu’il faut faire plus qu’enseigner ces concepts : il nous faut aussi, sur le plan personnel, examiner nos propres préjugés inconscients et nous ouvrir à l’idée que nos vérités ne sont pas absolues. À titre de professionnels, nous devons d’abord comprendre les préjugés profondément ancrés en nous et la nature ethnocentriste de notre vision du monde avant de pouvoir concevoir, mettre en œuvre et promouvoir, dans le cadre de nos projets à l’étranger, des initiatives de développement transformatrices en matière d’égalité des sexes. Ce processus peut être difficile et pénible, mais il est nécessaire si nous voulons honnêtement révéler et surmonter les obstacles qui s’opposent à une réelle égalité.

L’autoréflexion n’étant pas aisée pour tout le monde, il existe une gamme d’activités structurées pour soutenir ce processus et renforcer notre compréhension de ce qui cause l’inégalité entre les sexes. Par exemple, la formation sur l’égalité des sexes commence habituellement par différencier les concepts de genre et de sexe et démontrer que les stéréotypes, les rôles et les normes sexospécifiques sont dynamiques, en constante évolution et très différents d’une culture à l’autre. Grâce à ces connaissances, nous pouvons mieux examiner nos propres préjugés sexospécifiques – ceux qui nous sont imposés et ceux que nous nous imposons – à l’aide d’outils tels que le test d’association implicite de Harvard, disponible en ligne.[ii] Pour ce qui est des organisations, bien que plusieurs aient adopté des politiques pour prévenir la discrimination fondée sur le sexe ou d’autres facteurs d’identité sociale comme la race et l’orientation sexuelle, elles prennent néanmoins rarement la peine d’examiner et de mettre au jour des croyances profondément ancrées, comme nous l’exigeons des autres. Afin d’adopter une approche féministe du développement, on doit encourager ce genre d’introspection au sein des organisations et des projets. L’analyse comparative entre les sexes, qui nous pousse à douter de nos présomptions et à chercher des perspectives différentes sur les femmes, les hommes, les filles et les garçons pour ensuite les intégrer à nos projets, peut être un tremplin vers la prochaine étape.

Il y a d’autres façons concrètes de rendre les stratégies de nos organisations de développement plus féministes. Par exemple, nous pouvons faire l’effort de combattre nos préjugés en découvrant de nouveaux points de vue et en nous rappelant d’y rester ouverts; en ressentant les problèmes des autres; en rejetant les idées reçues; et en reconnaissant nos privilèges et leur nature arbitraire. Nous ne pourrons commencer à déconstruire graduellement nos propres barrières et à aider les autres à faire de même qu’en réfléchissant sérieusement à ces choses et en utilisant en profondeur l’analyse comparative entre les sexes.

L’avantage de la PAIF du Canada, c’est qu’au lieu de laisser les individus et les organisations céder devant la résistance qu’on rencontre presque toujours quand on veut transformer les choses d’un point de vue sexospécifique, elle exige plutôt que tous les programmes de développement soient envisagés sous un angle sexospécifique.

Pour faire cela, nous devons d’abord, comme individus et comme organisations, entreprendre nous-mêmes ce processus. En d’autres termes, nous ne pouvons pas seulement demander aux femmes et aux hommes, aux filles et aux garçons, aux communautés, aux organisations, aux institutions et aux gouvernements avec lesquels nous travaillons de changer leur façon de voir le monde et les normes sexospécifiques qu’on y trouve. Nous ne pouvons pas non plus leur demander d’être les seuls à mener ce combat parfois difficile dans l’intérêt d’une transformation axée sur l’égalité des sexes et du développement connexe. Nous devons aussi comprendre nous-mêmes ce processus ainsi que tous les sentiments qu’il suscite – et, ce faisant, changer en même temps qu’eux.

 

 

 

[i] L’écart est plus grand dans les sondages qui ne définissent pas le terme « féministe », mais un écart important existe même dans les sondages où le terme est défini. Voir : www.ipsos.com/en-hk/feminism-and-gender-equality-around-world; https://www.vox.com/2015/4/8/8372417/feminist-gender-equality-poll; www.telegraph.co.uk/women/life/only-7-per-cent-of-britons-consider-themselves-feminists/
[ii] Test d’association implicite de Harvard : https://implicit.harvard.edu/implicit/canada/takeatest.html

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